Mercredi 9 Février 2011 Le Dadon, rivière outragée... Rivière oubliée!!
Le Dadon est un des affluents majeurs du Bas-Chéran en rive gauche, alimenté par deux affluents:
-Le Nant boré qui prend sa source sur la commune de Saint-Félix avant de traverser Marigny Saint Marcel.
-Le Boiran qui prend sa source sur la commune de Massingy, rejoint le Dadon après avoir traversé la commune de Bloye.

Le Dadon proprement dit, sort de ce qui reste de la zone humide de Bloye alimenté par ses deux affluents, pour rejoindre ensuite le Chéran sous la Fuly après avoir traversé la zone industrielle de Rumilly.
Rivière outragée et oubliée, jusqu'à ce que sous l'impulsion de l'AAPPMA de l'albanais, le SMIAC qui porte le contrat de riviére Chéran s'engage dans un travail de fond sur ce cours d'eau fortement dégradé par les activités humaines. Tous les travaux engagés sur le bassin versant du Dadon n'ont pu voir le jour qu'après de longues années d'un travail de fond auprès des différents partenaires et des collectivités concernées.
Suite à ces différents travaux de renaturation et de restauration exemplaires, il fait l'objet de différents suivis concernant la qualité physico-chimique, la biologie et la température. Les premières données récoltées en 2007 dès la fin de la première tranche de travaux ont permis de démontrer une amélioration globale de la qualité de l'eau (hors pollutions ponctuelles) et un meilleur fonctionnement de l'écosystème avec une augmentation notable de la biomasse piscicole et des invertébrés; Elles ont par contre mis en avant les problèmes récurrents de la qualité de l'eau dus aux rejets agricoles et industriels (très mauvaise épuration des eaux) ainsi que des anomalies "thermiques".

Malheureusement, en Novembre 2008, le Dadon subissait une grave pollution dans cette zone renaturée!
Alerté par un riverain, le technicien riviére du SMIAC, le permanent de l'AAPPMA et les gardes de l'Office National de l'Eau et des Milieux Aquatiques (ONEMA) n'ont pu que constater les dégâts; La rivière devenue "gris blanc", a été complètement asphyxiée par des résidus de ciments qui sont rapidement venus à bout de toute la faune piscicole ainsi que de la macrofaune sur un linéaire qui allait de la zone industrielle des Pérouses jusqu'à la confluence avec le Chéran soit plus de 2km!



Triste spectacle que celui du cadavre de ses truites sauvages du Chéran qui étaient justement venues dans cette partie "renaturée" du Dadon pour entamer leur cycle de reproduction naturelle en ce début d'hiver 2008/2009. Chabots, loches, vairons et invertébrés aquatiques ont subi le même sort sur tout le linéaire touché alors qu'ils avaient retrouvés grâce aux travaux de réhabilitation engagés par le SMIAC sur ce même secteur un micro-habitat très attractif.




Le constat effectué par les services de l'ONEMA a été sans appel, il a permis rapidement de remonter à l'origine de cette grave atteinte au milieu. L'entreprise incriminée, "Béton de l'albanais" filiale du groupe Vicat ayant déjà fait l'objet de plusieurs mises en demeures suite à de nombreux dysfonctionnements de ses installations pourtant très récentes n'a pu que reconnâitre les faits.
Un procès-verbal a été dressé par les services de l'ONEMA et après concertation l'AAPPMA de l'albanais, la Fédération de Pêche de Haute-Savoie ainsi que le SMIAC plutôt enclins à faire de la prévention au jour le jour auprès des pollueurs potentiels ont décidé de porter plainte, compte-tenu de l'importance des faits reprochés à cette entreprise multirécidiviste qui venait de réduire à néant des années de travail et d'investissement (pour un montant de plus de 160 000 euros)dans la renaturation de cette rivière encore à l'agonie il y a quelques années.

Le SMIAC a missionné un avocat en parfaite collaboration avec la Fédération et l'AAPPMA de l'albanais pour suivre le dossier, s'assurer du bon déroulement de la procédure avec pour objectif légitime au regard des investissements réalisés sur le milieu, de faire reconnaître le "préjudice écologique" pour le Dadon, arguments à l'appui (effondrement de la biomasse piscicole, suivi scientifique réduit à néant ...)
Rappelons que cette affaire arrive dans un contexte d'objectifs de "bon état écologique des cours d'eaux", fixés par la Diective Cadre Européenne à l'horizon 2015 (reporté à 2021 pour le Dadon?!), sur lesquels le SMIAC a travaillé dans le cadre du premier contrat de rivière qui s'est terminé en 2008(plus de 32 millions d'euros d'investissements sur 11 ans).

C'est aussi à ce titre que les trois parties conscientes des enjeux et des objectifs de la DCE et surtout au regard des conclusions de l'étude bilan du contrat de rivière réalisée en 2010 ont décidé de poursuivre en justice le pollueur. Cette étude bilan du contrat Chéran extrêmement bien réalisée et pertinente, a mis en avant les bienfaits des actions engagées au cours du contrat, mais a également soulevé je cite "le manque de prise en compte des actions menées dans le cadre du SMIAC (et ses partenaires...), par l'administration suite à des pollutions agricoles ou industrielles (plaintes, prélèvements); le SMIAC n'est pas respecté...".
Cette remarque fait référence notamment à l'affaire de la pollution majeure survenue à la Compôte en 2002 qui a provoqué un mortalité sur plus de 4 km du cours majeur du Chéran et classée sans suite, malgré une plainte du SMIAC...

600 Euros, pour polluer le Dadon...

Malheureusement nous pouvons dire aujourd'hui, que rien n'a changé puisque les trois parties concernées viennent d'apprendre lors d'une réunion avec leur avocat que l'administration représentée par les services de la police de l'eau (DDT74, service eau environnement) avait interféré dans la procédure engagée, en faveur de l'auteur du délit en proposant dès le mois de janvier 2009, une "transaction" de "600 euros"(transaction prévue par la loi), que la société s'est bien sûr empressée d'accepter!
Rappelons que cette transaction entre les services de la "police de l'eau" entraîne l'extinction de l'action publique,l'affaire est donc close d'un point de vue pénal pour les plaignants!
Cette décision de l'administration qui fait partie de la procédure, s'est réalisée de façon peu respectueuse des parties plaignantes.En effet à aucun moment de la procédure, le service eau/environnement de la DDT74 n'a consulté les parties plaignantes, ignorant de fait l'action d'un syndicat de rivière, d'une fédération des AAPPMA et d'une AAPPMA très impliquées dans la gestion et la protection des cours d'eaux et foulant aux pieds le procès verbal de pollution dressé par l'ONEMA, écoeurant!
Rappelons là encore que l'administration avait la possibilité de laisser la procédure se poursuivre normalement et cette affaire aurait pu être jugée en bonne et due forme au pénal!
Malheureusement pour le Dadon, les objectifs de la police de l'eau en Haute-Savoie et de la DCE ne semblent pas être aujourd'hui compatibles. C'est dommage surtout pour les acteurs de terrain que sont les pêcheurs, le SMIAC ou les associations environnementales qui travaillent au quotidien pour faire de la prévention ou pour inciter les riverains, agriculteurs ou industriels qui jouent le jeu, à réfléchir sur leurs pratiques.
Quel discours avoir aujourd'hui, auprès d'un petit pollueur pour l'inciter à faire différemment quand un pollueur multirécidiviste peut s'exonérer de poursuites pénales avec 600 Euros et la bienveillance de la police de l'eau?

Aujourd'hui, les trois parties plaignantes réfléchissent ensemble sur la suite à donner avec la possibilité de porter l'affaire au civil et demander réparation au titre de "ce préjudice écologique" maintes fois évoqué dans de nombreux cas similaires, dans d'autres départements ou une "jurisprudence". est apparue et où l'administration semble avoir une autre idée de l'attitude à avoir avec les pollueurs!
Cette dernière pollution est là pour mettre en évidence un des derniers enjeux majeurs qui est à relever pour que le Dadon (et les autres cours d'eaux), permettre aux salmonidés, véritables indicateurs de la qualité du milieu, de boucler leur cycle de reproduction sur ce cours d'eau.
Après la restauration de l'habitat physique du cours d'eau, c'est la qualité de l'eau qui doit faire l'objet d'un gros travail de fond, sachant que le cours d'eau est fortement impacté par la traversée de zones industrielles (Alby et Rumilly). Même si le dernier programme de travaux ambitieux (soutenu par l'AAPPMA de l'albanais) de bassin de rétention des eaux pluviales doit aboutir en 2011, pour assurer la protection des biens et des personnes en reconnectant les zones humides annexes du Nant Boré, il ne règlera pas les problèmes de pollutions récurrents sur le bassin versant.
Un véritable programme d'amélioration de la qualité physico-chimique se doit d'être mis en oeuvre pour finaliser la réhabilitation de ce cours d'eau (peut-être dans un second contrat de rivière), tout le monde en est aujourd'hui bien conscient...sauf la police de l'eau?!



Après les dernières réunions publiques organisées par le SMIAC, il semble se dessiner sur le territoire un vrai engagement des élus pour continuer le travail de fond pour une meilleure qualité des milieux aquatiques avec le soutien affirmé entre autres de l'Agence de l'eau et des pêcheurs, il ne restera plus qu'à la police de l'eau 74, à régler son curseur au niveau minimum des exigences de la DCE, les pêcheurs , sentinelles des cours d'eaux y veilleront!
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